Le bilinguisme, un stimulant pour le cerveau des enfants

Le bilinguisme, un stimulant pour le cerveau des enfants

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Le bilinguisme n’est pas un handicap, mais au contraire un atout pour le cerveau. Exemple, Léa parle avec la même aisance l’espagnol de sa maman et le français de son papa. À 10 ans, elle est parfaitement bilingue. Il faut dire que ses parents l’ont immergée dans leurs langues maternelles respectives dès sa naissance. Jusqu’à l’âge de 2 ans, il lui arrivait encore de mélanger l’espagnol et le français dans une même phrase, mais elle a rapidement appris à passer d’une langue à l’autre. Un jeu d’enfant, et une aubaine pour son cerveau en développement. Ainsi, non seulement son bilinguisme n’a jamais été un handicap, ni à l’école ni en société, mais elle est aujourd’hui une excellente élève.
 Le fruit d’une longue exposition aux deux langages? Il ne faudrait pas exagérer aujourd’hui les vertus du bilinguisme, comme on a hier brandi la menace d’un handicap majeur pour l’enfant. Cependant, pour la spécialiste mondiale du plurilinguisme, la psychologue Ellen Bialystok de l’Université de York au Canada: «Les bénéfices du bilinguisme augmentent avec sa duréeet plus on pratique, mieux c’est.»
 Peu importe la deuxième langue, d’ailleurs. «Tous les enfants bilingues affichent le même bénéfice», précise le Pr Bialystok. Quid du principe «Un parent, une langue» pour éviter d’embrouiller l’enfant? «C’était la règle autrefois. On sait maintenant que c’est complètement absurde, soutient la psycholinguiste Ranka Bijeljac-Babic (université de Poitiers), comme d’ailleurs l’interdiction que l’on faisait aux parents de ne pas parler dans leur langue natale.»
 Et l’accent? Certains enfants en garderont un, d’autres non. «On ne sait pas pourquoi, mais jusqu’à un certain point, on ne peut plus s’améliorer à ce niveau», remarque-t-elle. Un accent parfois stigmatisé en société: «Certains ont, c’est vrai, des préjugés négatifs, mais d’autres lui trouvent du charme et pensent aussitôt à la richesse sous-jacente d’autres cultures.»
 Le cerveau des bilingues ne fonctionne pas de la même manière que les autres. Il est par exemple beaucoup plus performant dans un environnement bruyant pour trier les différents sons. Il serait aussi mieux protégé contre l’apparition de la maladie d’Alzheimer et augmenterait la flexibilité mentale des enfants. À tel point que l’argument de l’impact positif du bilinguisme sur le développement neuropsychologique est mis en avant par ses défenseurs aux États-Unis, où 9% seulement des adultes sont bilingues et seul un quart des écoles élémentaires proposent une seconde langue.
 En France, une personne sur quatre a reçu au moins une autre langue dans son jeune âge au foyer parental et, dans le monde, le plurilinguisme est majoritaire. Une hiérarchie sociale entre les langues s’impose généralement (l’anglais est souvent la mieux valorisée) et en France, la seule langue officielle est le français.
 Il n’existe pas de recensement officiel des deuxièmes langues parlées à la maison, mais l’enquête Histoire de vie, réalisée il y a quelques années par la sociologue Alexandra Filhon (université Paris-Ouest), montre qu’il ne s’agit pas toujours d’une langue étrangère: «Parmi les personnes n’ayant pas été socialisées exclusivement en langue française, 60% ont été familiarisées par leurs parents à une langue d’immigration tandis que 40% l’ont été à une langue régionale.»
 Quoi qu’il en soit, les neuropsychologues sont d’accord: «Le bilinguisme augmente les performances du système cognitif des fonctions exécutives, explique le Pr Bialystok. Ce système est responsable de tous les processus impliquant l’attention, la sélection, l’inhibition, le changement, etc. Crucial pour toutes les pensées complexes.» Le chef d’équipe du cerveau, en quelque sorte, celui qui décide où allouer les ressources.


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